Chroniques de Calice - Chapitre 2 : Les îles du naufrage - Partie 1

Gabriel Vanroy 03 février 2026

Une invasion de rats géants, une caisse disparue qui réapparaît là où personne ne l’attendait, un « vampire » abattu trop vite… et, pour couronner le tout, un récif surgissant en pleine nuit sous la lueur du Doigt de Solaris. Nos aventuriers n’auront même pas le luxe de souffler : la mer, elle, n’accorde aucun répit.

Chroniques de Calice - Chapitre 2 : Les îles du naufrage - Partie 1

Bienvenue à nouveau, chers aventuriers des Terres d’Akliène !

Après les ombres qui rôdaient entre les ponts, les marques au cou, la cargaison disparue et les regards fuyants, on aurait pu croire que le navire allait enfin accepter de n’être qu’un bateau. Qu’il allait se contenter de flotter, docile, jusqu’à Calice.

Évidemment… non.

La Guerre des Miettes

Tout commença par une affaire sérieuse. Une affaire de survie. Une affaire de… cuisine.

Le cuistot, d’ordinaire plus robuste qu’une ancre, fut croisé dans les soutes blême, boitant, jurant comme un marin qui vient de découvrir qu’on a mis de l’eau dans son rhum. La cause ? Des rats. Mais pas les petits filous habituels : des rats géants, hardis, affamés, et manifestement persuadés d’être les propriétaires légitimes du garde-manger.

Nos aventuriers se portèrent volontaires, parce que :

  • Dalrik n’aimait pas l’idée d’un ennemi qui grignote « en douce ».

  • Helga trouvait l’affaire « saine » : une cible claire, des dents à casser.

  • Rozaëlle y voyait une occasion d’observer quelque chose de “pas normal”.

  • Et Silk… Silk avait surtout compris qu’un héros qui aide le cuistot mange mieux que les autres.

La chasse fut brève, bruyante, et ponctuée de jurons variés. Les rats tombèrent, le garde-manger fut sécurisé, et l’équipage respira.

Jusqu’à ce que l’on remarque ce qui n’aurait jamais dû être là.

La Caisse n°226 (celle qui n’avait rien à faire ici)

Dans un recoin, entre des sacs de farine et des tonnelets, se trouvait une caisse marquée d’un numéro désormais célèbre : la n°226.
La même qui avait disparu des cales.
La même qui avait transformé l’enquête du bord en nœud coulant.

L’erreur était grotesque… et donc inquiétante.

La curiosité, cette maladie incurable, gagna le groupe. On força l’ouverture.

À l’intérieur : un cercueil.

Pas un coffre. Pas un caisson. Un cercueil de belle facture, tout en métal, décoré d’arabesques, de motifs mortuaires, de symboles assez explicites pour que même Silk — pourtant adepte de l’aveuglement sélectif — sente un frisson lui grimper le long de la nuque.

Rozaëlle approcha, attentive. Dalrik serra la mâchoire. Helga lâcha un petit :
« C’est du beau boulot. Dommage que ça contienne sûrement un problème. »

Et Silk, lui, eut une pensée très pure : on aurait dû laisser les rats.

Dalrik quitta aussitôt les lieux pour prévenir la capitaine. Dans les minutes suivantes, le cercueil fut extrait du garde-manger comme une faute qu’on voudrait effacer, puis transporté jusqu’au bureau des officiers.

Là, ce fut une scène digne d’une pièce tragique jouée par des gens qui n’avaient pas répété :

  • des matelots rassemblés,

  • des armes partout,

  • des regards qui disent “si ça saute, je tire”,

  • et au centre : la boîte funeste.

Quand le couvercle céda, le silence tomba.

Un type pâle, visage émacié, yeux lourds de nuit, se redressa d’un bond — trop vite, trop sec, trop… pas humain. Il ouvrit la bouche et laissa sortir une voix gutturale, râpeuse :

« J’ai soif… »

Ce fut le moment où Silk prit une décision héroïque : courir.

Il tourna les talons en hurlant, déclenchant une panique contagieuse. Certains matelots, déjà à cran, ouvrirent le feu. L’homme s’effondra dans un fracas de métal et de cris, la salle saturée de fumée, d’ordres contradictoires et d’un très mauvais pressentiment.

Quelques secondes plus tard, le calme revint… à la manière du bord : en tremblant.

Le vampire imaginaire et le marchand ruiné

On s’approcha prudemment. On s’attendait à des crocs, à une brume noire, à un rire sinistre.

À la place, on trouva… un homme. Blessé, hagard, terrifié. Et surtout : parfaitement mort à présent.

Il s’appelait Lestrad Von Warowitch. Marchand de pompes funèbres. Criblé de dettes. L’esprit plein de projets lamentables et la tête pleine d’idées “géniales” du genre se faire transporter en cercueil pour fuir Bastion. Son assistant, était un certain Bernie Sanhaven.

Les Latrines, l’Acide, et l’Homme Grand et Sec

Le lendemain, l’odeur fut la première alerte. Une senteur agressive, chimique, qui n’avait rien à voir avec les habitudes discutables d’un navire rempli de gens.

Dans les latrines, on retrouva un corps. Ou ce qu’il en restait : un cadavre recouvert d’acide.

Grand. Sec. La silhouette correspondait trop bien à cette présence qui, depuis des jours, glissait dans les récits comme une ombre : l’homme barbu qui faisait fuir les brutes, celui que Mélissine disait avoir vu se faufiler entre les ponts sans un bruit.

Les hypothèses naquirent à la vitesse d’une rumeur de quai :

  • règlement de comptes ?

  • témoin éliminé ?

  • monstre qu’on a tenté de “dissoudre” ?

  • ou simple effort désespéré pour effacer une preuve ?

Une nouvelle enquête s’ouvrit. Elle n’eut pas le temps de prendre racine.

Parce que la mer, elle, préparait déjà sa réponse.

Le Doigt de Solaris

La destination approchait. Et dans la nuit, enfin, une lueur : le Doigt de Solaris, phare solitaire, œil fixe sur l’horizon. Le navire changea de cap, suivant ce trait lumineux comme on suit une promesse.

Puis il y eut un bruit.

Pas un bruit de pas. Pas un bruit de porte.
Un bruit de monde qui casse.

Le choc contre les récifs fut brutal. Bois qui gémit. Cordages qui claquent. Cris qui jaillissent. L’eau qui entre, sûre d’elle, impolie, implacable.

Panique à bord.

L’équipage tenta l’impossible : guider, calmer, sauver. Les passagers couraient, trébuchaient, priaient, hurlaient. Dalrik prit des décisions. Rozaëlle garda la tête assez froide pour comprendre qu’il fallait vivre d’abord, comprendre ensuite. Helga se battit contre le chaos… et y laissa des choses.

Des sacs disparurent. Des vivres furent perdus. Des réserves sombrèrent sans même dire au revoir.
Et certaines ressources, comme les armes d’Helga, se volatilisèrent dans la cohue — avalées par la nuit, la mer, ou la malchance.

On réussit malgré tout à rejoindre la côte la plus proche : une petite île, sombre, silencieuse, indifférente.

Trempés. Éreintés. Vivants.

Les Îles du Naufrage

Au matin, la réalité se révéla dans toute sa simplicité cruelle : pas de vivres. Peu d’eau. Aucun secours en vue.

Et un groupe de survivants échoué sur un morceau de terre isolé du monde extérieur, avec — quelque part derrière eux — les restes d’un navire, des secrets noyés, et une enquête que la mer venait de disperser façon puzzle.

De nouvelles difficultés sont à venir.
Et si vous pensiez que le “malheur venait en bateau”… attendez de voir ce qu’il fait quand le bateau n’est plus là.

Restez connectés pour la suite : sur une île, tout le monde a soif… mais certains ont peut-être d’autres appétits.

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